“La plus grande erreur que font les investisseurs est de croire que ce qui s’est passé récemment va probablement continuer.”
– Ray Dalio
Je t’écris depuis Dubaï.
Et je vais être honnête avec toi : les semaines dernières n’ont pas ressemblé à grand-chose de ce que j’avais connu ici.
Des missiles et des drones iraniens ont frappé les Émirats arabes unis, ébranlant l’image de Dubaï comme un havre sûr. Des explosions ont été entendues dans la ville, un incendie s’est déclaré dans le port, et des débris de drones ont touché un hôtel de luxe à quelques kilomètres de chez moi.
Ce n’est plus une information lointaine qu’on lit sur un écran, c’est la ville où je vis, où je travaille, où j’ai construit une partie de ma vie.
Et pourtant, au milieu de tout ça, une chose m’a frappé plus que les explosions.
C’est la réaction des marchés, et surtout, la réaction des investisseurs.
Parce que Ray Dalio avait tout prévu.
Pas ce conflit précisément, bien sûr, mais le mécanisme psychologique qui se déroule en ce moment sur les marchés financiers mondiaux.
Depuis plusieurs années, les investisseurs s’étaient habitués à un certain ordre des choses : pétrole¹ stable, marchés en hausse progressive, géopolitique lointaine et abstraite.
En réaction au début de la guerre, le prix du baril de pétrole a explosé, passant de 60 dollars à près de 90 dollars en seulement quelques jours, avec un pic bref à plus de 120 dollars le baril, faisant plonger les marchés boursiers et ravivant les craintes d’un choc inflationniste.
Et les investisseurs ont fait exactement ce que Dalio décrit dans sa citation : ils ont cru que la tendance calme des mois précédents allait continuer, et ont été pris complètement par surprise quand elle ne l’a pas fait 😬
Voilà l’erreur la plus classique de l’investissement.
Et c’est précisément celle dont je parle dans mon livre : on construit ses décisions sur ce qu’on vient de vivre, pas sur ce qui est probable à long terme.
C’est ce qu’on appelle le biais de récence². Notre cerveau est câblé pour extrapoler le passé récent vers le futur, parce que dans la vie quotidienne, ça fonctionne bien, mais en investissement, c’est une catastrophe silencieuse.
Quand les marchés montent depuis 18 mois, on se dit que ça va continuer, donc on investit de plus en plus, parfois à des niveaux de valorisation³ excessifs. Quand les marchés chutent brutalement comme maintenant, on se dit que ça va continuer de chuter, donc on vend, exactement au pire moment.
Et pourtant, l’histoire des marchés contredit ce biais encore et encore.
Regarde ce qui s’est passé à chaque grande crise géopolitique de l’histoire.
Guerre du Kippour en 1973, premier choc pétrolier, chute des marchés à court terme. 12 mois plus tard, récupération totale.
Guerre du Golfe en 1990, panique sur le pétrole, S&P 500⁴ en recul de 20%. 6 mois plus tard, les marchés avaient non seulement récupéré, mais atteint de nouveaux sommets.
Attentats du 11 septembre 2001, fermeture des bourses américaines pendant 4 jours, chute brutale à la réouverture. 1 an plus tard, les marchés étaient repartis à la hausse.
L’histoire des marchés montre une constante : la panique initiale est souvent la pire ennemie de la performance. Depuis les années 1940, l’indice S&P 500 a traversé de nombreux épisodes géopolitiques majeurs, et à chaque fois, ceux qui ont vendu sous l’effet de la panique ont regretté leur décision.
Alors que faire concrètement aujourd’hui ?
La clé n’est pas de réagir à chaud, mais d’intégrer le risque géopolitique dans une stratégie patrimoniale structurée et résiliente.
Ne touche pas à ta stratégie long terme parce qu’il y a des explosions dans le ciel de Dubaï, je t’assure que même moi, qui les ai entendues, je n’ai pas modifié mon portefeuille⁵.
Rappelle-toi que les crises créent des opportunités pour ceux qui ont gardé une poche de liquidités⁶, et que la discipline en période de chaos est l’avantage compétitif le plus rare et le plus rentable qui existe.
Parce que si tout le monde panique et vend, et que toi tu restes calme et discipliné, tu es mécaniquement en train de construire ton avantage futur.
C’est le cœur de ce que j’ai voulu transmettre dans mon livre : pas les techniques, pas les outils, mais la façon de penser qui te protège quand tout le monde autour de toi perd la tête.
La leçon de Ray Dalio est simple, mais terriblement difficile à appliquer.
Les marchés ne vont jamais continuer indéfiniment dans la même direction, ni à la hausse, ni à la baisse, et croire qu’ils le feront est la façon la plus sûre de prendre la mauvaise décision au mauvais moment.
Ce conflit au Moyen-Orient va se terminer, comme tous les autres avant lui. Les marchés vont récupérer, comme ils l’ont toujours fait.
Et dans quelques années, ceux qui auront gardé la tête froide cette semaine en regarderont d’autres qui auront vendu au plus bas et s’en mordent encore les doigts 😌
Bonne chance pour tes investissements.
Jody Cavalie
🔎 Notes explicatives
1. Pétrole (Brent) : Référence mondiale pour le prix du pétrole brut, coté en dollars par baril. Le Brent sert d’étalon pour la majorité des transactions pétrolières mondiales. 2. Biais de récence : Biais cognitif qui pousse un individu à accorder trop de poids aux événements récents pour prédire l’avenir, en négligeant les données historiques de long terme. 3. Valorisation : Estimation de la valeur d’un actif financier par rapport à ses fondamentaux économiques. Une valorisation excessive signifie que le prix est élevé par rapport à la valeur réelle. 4. S&P 500 : Indice boursier regroupant les 500 plus grandes entreprises cotées aux États-Unis. Baromètre de référence de l’économie américaine et des marchés actions mondiaux. 5. Portefeuille : Ensemble des investissements détenus par un investisseur (actions, obligations, ETF, liquidités, immobilier, etc.). 6. Liquidités : Part d’un portefeuille conservée en cash ou équivalents cash, permettant de réagir rapidement lors d’opportunités ou de corrections de marché. |
