On l’a traité de dinosaure

Salut,

 

En décembre 1999, le magazine financier le plus respecté des États-Unis, Barron’s, a osé mettre Warren Buffett en couverture avec ce titre :

 

« Warren, qu’est-ce qui ne va pas ? »

 

L’article en question est ici (en anglais) ➜

 

À cette époque, internet explose. Les actions technologiques montent de 100, 200, parfois 1000% en quelques mois. Tout le monde s’enrichit, ou croit s’enrichir.

 

Et pendant que la planète entière se rue sur ces nouvelles entreprises du web, Buffett, lui, ne touche à rien.

 

– Pas une action

– Pas un dollar

– Pas une exception

 

Résultat, son action Berkshire Hathaway chute de presque 20% sur l’année, pendant que le Nasdaq¹ s’envole de plus de 85%.

 

Alors forcément, on le prend pour un vieux croulant qui n’a rien compris au monde moderne. On le traite de dinosaure. On dit que le génie a perdu la main, et que cette fois, c’est différent.

 

Et lui, pendant qu’on le ridiculise, répète juste une phrase toute simple : « Je n’investis pas dans ce que je ne comprends pas. »

 

Voilà ce que la plupart des gens n’ont pas compris ce jour-là.

 

Buffett ne savait pas dire quelle entreprise internet allait gagner. Il ne savait pas évaluer ce que valait un site web qui ne gagnait pas un centime. Il ne savait pas, point.

 

Alors il n’a pas joué.

 

Parce que pour lui, « le risque vient du fait de ne pas savoir ce que vous faites. »

 

Maintenant, pose-toi la question honnêtement.

 

La dernière fois que tu as acheté une action ou un ETF, est-ce que tu pouvais vraiment expliquer pourquoi ? Ou est-ce que tu l’as prise parce que ça montait et que tout le monde en parlait ?

 

Prends quelques secondes pour y répondre, sincèrement.

 

Parce que c’est exactement le piège dans lequel des millions de gens sont tombés en 1999.

 

La croyance du moment, c’était que le risque venait du fait de rester en dehors. Que le vrai danger, c’était de rater la fusée. Que ne pas acheter, c’était déjà perdre.

 

Et pourtant…

 

La réalité était à l’envers. 

 

Le vrai risque, ce n’était pas de rester sur le quai. C’était d’acheter des choses que personne ne comprenait, à des prix que rien ne justifiait.

 

Et 3 mois après cette fameuse couverture, en mars 2000, la bulle a explosé.

  • Le Nasdaq a perdu près de 80% de sa valeur dans les mois qui ont suivi. 
  • Des fortunes entières se sont volatilisées. 
  • Des gens qui se croyaient millionnaires sont retournés travailler.

 

Et le « dinosaure » ? Il était toujours là, calme, assis sur son cash, prêt à acheter de belles entreprises pendant que les autres pleuraient. 😏

 

Voilà ce que Buffett avait compris bien avant tout le monde.

 

Le risque, ce n’est pas la volatilité. Ce n’est pas le fait que ça monte ou que ça descend. Ce n’est même pas la peur que tu ressens quand ton portefeuille baisse.

 

Le risque, c’est l’ignorance.

 

C’est mettre ton argent dans quelque chose dont tu serais incapable d’expliquer le fonctionnement à un enfant de 10 ans.

 

Buffett appelle ça rester dans son « cercle de compétence ». L’idée est simple : tu n’as pas besoin de tout comprendre, tu as juste besoin de connaître les limites de ce que tu comprends, et de ne jamais en sortir.

 

(Et crois-moi, savoir dire « ça, je ne comprends pas, donc je n’y touche pas » est une des compétences les plus rentables qui existe.)

 

D’ailleurs, c’est exactement ce dont je parlais dans une interview : pour moi, le risque se gère avant tout par la connaissance. 

 

Tu peux écouter le passage ici (ça dure à peine une minute).

Parce que le marché adore te faire croire l’inverse.

 

– Il te murmure que plus c’est compliqué, plus c’est rentable

– Que si tu ne comprends pas, c’est que tu n’es pas assez intelligent

– Que les vraies opportunités sont réservées à ceux qui osent

 

C’est faux. Les plus grandes fortunes ne se construisent pas sur la complexité, mais sur quelques idées simples, comprises à fond, et répétées pendant des années.

 

Alors si je peux te donner un conseil aujourd’hui, c’est celui-ci.

 

Avant d’investir le moindre euro, assure-toi de pouvoir répondre à 3 questions :

 

  1. Dans quoi je mets mon argent, concrètement
  2. Pourquoi cette chose a de la valeur sur le long terme
  3. Qu’est-ce qui se passe si tout s’effondre demain

 

Si tu réponds clairement aux 3, tu n’es pas en train de parier, tu es en train d’investir. 

 

Mais si tu bafouilles sur ne serait-ce qu’une seule, c’est probablement que tu ne devrais pas y toucher, peu importe à quel point ça grimpe en ce moment.

 

C’est aussi pour ça que je martèle l’intérêt des fonds indiciels (ETF²) auprès de mes élèves. 

 

Tu sais exactement ce que tu détiens : un panier des plus grandes entreprises du monde, qui travaillent pour toi pendant que tu dors. 

 

Pas de magie, pas de pari sur l’entreprise miracle de demain, juste quelque chose que tu comprends et dans lequel tu ajoutes patiemment ton argent, mois après mois.

 

Le génie de Buffett n’a jamais été de tout savoir.

 

Son génie, c’est d’avoir accepté très tôt ce qu’il ne savait pas, et d’avoir eu la discipline de rester loin de tout le reste, même quand le monde entier le traitait de fou.

 

Le temps lui a donné raison. Comme il finit toujours par donner raison à ceux qui savent ce qu’ils font.

 

Bonne chance pour tes investissements !

 

Jody Cavalie

Notes explicatives :

 

¹ Nasdaq : indice boursier américain regroupant principalement les plus grandes entreprises technologiques mondiales (Apple, Microsoft, Nvidia…).

 

² ETF (Exchange Traded Fund) : fonds coté en Bourse qui réplique un indice, par exemple les 500 plus grandes entreprises américaines, en un seul achat et à frais réduits.