À 58 ans, c’est trop tard pour investir ?

Salut,

 

Cette semaine, j’ai reçu 3 questions qui, mises côte à côte, racontent quelque chose 🙂

 

  1. Anne a 58 ans et vise ses premiers 100 000 euros. 
  2. Martine est déjà à la retraite. 
  3. Et Jean veut savoir comment éviter les pièges au moment de choisir sa plateforme.

 

3 situations différentes, et à chaque fois la même bonne nouvelle : il n’est jamais trop tard pour s’y mettre, à condition de le faire correctement.

 

Au programme :

 

  1. À 58 ans, construire ses premiers 100 000 € : par où commencer ?
  2. Déjà à la retraite : quelle stratégie adopter ?
  3. Courtiers, blockchain, arnaques : comment s’y retrouver ?

 

On démarre 🙂 !!!




  1. À 58 ans, construire ses premiers 100 000 € : par où commencer ?

 

Anne m’a écrit :

 

« Bonjour Jody,

 

Merci pour votre super livre, que j’ai dévoré… À 58 ans, sans formation jusque-là, je cherche à construire un portefeuille mi-sécurisé mi-offensif avec comme projet d’avoir 100 000 € minimum dans les 10 ou 15 ans.

 

Première question : quel serait le portefeuille idéal ? Sur quelle plateforme ?

 

Deuxième question : peut-on s’engager sur une plateforme sur une période de 20 à 25 ans et prendre des fonds dans 10 ou 15 ans ?

 

Grand merci. »



Bonjour Anne,

 

Merci énormément pour ce retour, ça fait extrêmement plaisir. C’est pour ça que j’ai écrit ce livre, et je suis content qu’il t’ait donné les premières armes et l’envie de passer à l’action.

 

Alors, pour ta première question, je ne vais malheureusement pas pouvoir te répondre précisément, car il manque des éléments.

 

Ton objectif est clair. La durée aussi. Mais il manque 2 informations essentielles :

 

  1. Ta tolérance à la volatilité : est-ce que voir ton portefeuille bouger est un problème pour toi, ou non ?
  2. Le DCA¹ que tu peux y consacrer chaque mois, et si tu pars avec un capital de départ ou non

 

Ce sont ces éléments qui vont fortement influencer les choix à faire.

 

Par contre, ce qui est tout à fait possible, c’est de construire un portefeuille global qui soit, comme tu l’as très bien dit, à moitié sécuritaire et à moitié offensif :

 

–  Une grosse partie en bourse, sur quelque chose de relativement stable qui avance tranquillement

–  Une partie en crypto-monnaies, pour aller chercher le rendement supplémentaire dont tu as besoin

 

Concernant la plateforme, tout dépend du pays dans lequel tu es fiscalisée.

 

Si tu es en France, le PEA² sera quasiment indispensable. Au Canada, le CELI est extrêmement intéressant. En Suisse, tu auras accès à certains courtiers spécifiques. Et en Belgique, cela dépendra notamment de savoir si tu veux déclarer la TOB toi-même ou laisser ton courtier s’en charger.

 

Ce sont tous ces petits éléments qui m’empêchent de te répondre de manière catégorique, car ils influencent directement le choix de la plateforme la plus adaptée à ta situation.

 

Pour ta deuxième question : totalement.

 

Quand tu choisis un courtier, tu n’es généralement pas bloquée chez lui. La principale exception en France concerne les assurances-vie, qui restent liées à l’établissement dans lequel elles ont été ouvertes.

 

Mais un PEA, un CTO³, un CELI pour les Canadiens, un ISA pour les Anglais, ou même un PER pour les Français (qui n’est pas forcément le compte le plus optimisé selon les situations, appelons un chat un chat), ce sont des comptes qui peuvent être transférés d’un courtier à un autre.

 

Donc si ton courtier devient trop cher ou n’est plus adapté à tes besoins, tu pourras transférer ton compte vers un autre établissement, sans aucun problème.




  1. Déjà à la retraite : quelle stratégie adopter ?

 

Martine m’a écrit :

 

« Bonjour Jody, Je suis à la retraite, ce qui change la donne. On n’investit pas sur du long terme. À part l’assurance-vie et quelques ETF⁴, pour toi, la meilleure stratégie c’est quoi ? »



Salut Martine,

 

Alors, quand tu es à la retraite, c’est pareil 🙂

 

Le long terme, c’est souvent 10 ans et plus. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que tout dépend, encore une fois, de l’endroit où tu veux aller.

 

Un exemple concret : quelqu’un qui veut 1 000 euros de plus par mois de revenus passifs venant de ses investissements, cela représente un capital d’environ 214 000 euros, en prenant la fiscalité française à son maximum, pour générer cette somme tous les mois à vie.

 

Donc en fonction de ton objectif et du capital dont tu disposes, tu n’as pas besoin du même chemin pour y arriver :

 

–  Tu disposes déjà d’un capital : l’objectif est alors de le faire travailler

–  Ta situation financière est plus délicate : développer une activité peut être essentiel pour générer du cash rapidement, puis mettre en place un portefeuille qui t’assure une rente

 

Concernant l’assurance-vie, elle est très bien… quand elle est en gestion libre.

 

Quand elle est en gestion pilotée par ta banque, en revanche, tu y perds souvent de l’argent, parce qu’on n’ose pas regarder les frais ni aller plus loin.

 

Si c’est la banque qui gère, elle va souvent le faire de façon à ce que cela lui soit avantageux, en plaçant des ETF ou des fonds sur lesquels elle perçoit une rétrocommission. En réalité, cela peut doubler tes frais sans même que tu le voies.

 

Et ils font bien attention à montrer la performance brute, et non la performance nette. Pourquoi ? Parce que sur la performance brute, les frais ne sont pas retirés. Sinon, ce ne serait pas aussi flatteur 😬

 

Prends toujours le contrôle de ton portefeuille.

 

Dernier point : l’assurance-vie reste un gros levier quand l’objectif est la succession. Elle permet de léguer jusqu’à 150 000 euros sans fiscalité de succession, parce que ces sommes n’entrent pas dans ton patrimoine successoral de la même manière que les autres actifs.

 

Si la transmission est ton objectif principal, c’est un levier à utiliser, avec tous les autres leviers disponibles pour l’optimiser.



  1. Courtiers, blockchain, arnaques : comment s’y retrouver ?

 

Jean m’a écrit :

 

« Pourquoi y a-t-il autant de ‘sociétés’ pour investir, par exemple sur la cryptomonnaie, ou de brokers qui font beaucoup de promesses de gains et sont en fait des arnaques ?

 

Que penses-tu de la blockchain et de la banque décentralisée, avec des contrats intelligents sans intervention humaine ? »



Merci pour cette double question Jean, elle va parler à beaucoup de monde.

 

Alors, pourquoi y a-t-il autant de courtiers différents ? Tout simplement parce que c’est un business.

 

C’est exactement comme se demander pourquoi il existe autant de téléphones différents. Si je prends l’exemple des iPhone, certains modèles sont adaptés à un certain public, d’autres à un autre, avec des prix et des fonctionnalités différents.

 

Pour les courtiers ou les exchanges⁵ de cryptomonnaies, c’est exactement la même chose.

 

Par contre, un point hyper important : vérifie toujours que ton courtier est régulé.

 

Le réflexe est simple : tu vas sur le site de l’AMF⁶ et tu recherches son nom pour vérifier qu’il dispose bien des autorisations nécessaires.

 

–  Il n’y figure pas ? N’y va pas. Pas un euro

–  Il y figure ? Tu élimines déjà une grande partie des arnaques, car ces acteurs doivent montrer patte blanche auprès des autorités

 

Attention, cela ne veut pas dire zéro risque : on a déjà vu des banques faire faillite, des courtiers disparaître, des exchanges s’effondrer. Ce qui compte surtout, c’est qu’il existe une séparation claire entre les fonds de la plateforme et les fonds des clients.

 

Concernant la blockchain, c’est la technologie sur laquelle repose tout le marché des cryptomonnaies. Sans elle, les cryptomonnaies n’existeraient tout simplement pas.

 

Mais je préfère le préciser, parce qu’il existe des arnaques : la blockchain n’est pas une entité.

 

Si quelqu’un te contacte un jour en disant représenter « la blockchain », cela ne veut rien dire. C’est comme si quelqu’un te disait : « Je représente Internet » 😅

 

La blockchain est simplement un registre de comptes, un livre de comptes dont tout le monde possède une copie. Il n’existe pas de grand dirigeant de « la blockchain », d’autant que chaque cryptomonnaie fonctionne généralement sur son propre registre.

 

Pour les banques décentralisées, beaucoup de projets ont essayé. Le problème, c’est qu’en face il y a les réglementations, et la nécessité d’avoir des outils faciles à utiliser pour le grand public.

 

Il faut souvent trouver des partenaires comme Visa ou Mastercard pour permettre les paiements. Et à partir de ce moment-là, une partie de la décentralisation disparaît forcément, parce qu’il faut toujours une entité identifiable vers laquelle se tourner en cas de problème.

 

Enfin, les contrats intelligents, ou « smart contracts », sont au cœur de plusieurs blockchains, comme Ethereum, qui a popularisé le concept.

 

Un contrat intelligent est simplement un contrat qui s’exécute automatiquement lorsque les conditions prévues sont remplies. Il ne réfléchit pas, il applique ce qui a été programmé. C’est très utile, mais il faut toujours comprendre sur quel type de contrat tu te positionnes et quelles règles le gouvernent.

 

Beaucoup de personnes surfent sur la vague en te disant : « C’est compliqué, tu n’as pas besoin de comprendre. » C’est totalement faux.

 

Comprends toujours où se trouve ton argent et dans quoi il est investi.



Voilà qui clôt ce Ask Jody 🙂

 

Et si tu ne devais retenir qu’une phrase aujourd’hui, ce serait la dernière : comprends toujours où se trouve ton argent.

 

À 58 ans comme à la retraite, face à un courtier comme face à « la blockchain ».

 

On se retrouve lundi pour le Conseil des Sages.

 

Jody Cavalie




Notes explicatives :

 

  1. DCA : Dollar Cost Averaging. Méthode consistant à investir une somme fixe à intervalles réguliers, peu importe le cours du marché, afin de lisser le prix d’achat dans le temps.
  2. PEA : Plan d’Épargne en Actions. Enveloppe française permettant d’investir en actions européennes avec une fiscalité avantageuse après 5 ans de détention.
  3. CTO : Compte-Titres Ordinaire. Compte d’investissement sans plafond ni restriction géographique, permettant d’acheter tout type d’actifs financiers, mais sans avantage fiscal particulier.
  4. ETF : Exchange Traded Fund. Fonds coté en bourse qui réplique un indice et permet d’investir en une seule fois sur des centaines d’entreprises.
  5. Exchange : Plateforme en ligne permettant d’acheter, de vendre et d’échanger des cryptomonnaies, l’équivalent d’un courtier pour le marché crypto.
  6. AMF : Autorité des Marchés Financiers. Le gendarme de la bourse en France, qui régule les acteurs financiers et tient la liste des plateformes autorisées.

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